Le Miroir Des Modes 1er partie   


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Catherine Charles vous propose une chronique de mode à la manière des feuilletonistes de la Belle Epoque, en vous faisant vivre l'histoire de JEANNE ( sa grand-mère) pour qui cette période était synonyme de fanfreluches et de soie, bien avant que la Grande Guerre ne change complètement la condition féminine.

Episode I: Jeanne et ses fourrures

Jeanne est née en 1890, elle est la fille unique d'un tisserand franc-comtois, et comme toutes les jeunes filles de la bourgeoisie, elle attend le mariage, sans impatience et en se préparant à une vie tranquille, dont mondanités et maternités seront les jalons.

Les femmes de son milieu ne travaillent pas à l'extérieur de leur foyer. Elles apprennent depuis l'enfance à respecter les règles de la famille et du bon ton, et à jouer le rôle qui leur sera dévolu, et auquel elles ne peuvent se soustraire, sans provoquer scandale et opprobre.

     Une fois finies les années d'études, qui ne l'ont formée à aucun métier, si ce n'est celui de mère de famille, la jeune fille doit penser à son avenir. Tenir un  intérieur avec l'aide d'une domesticité plus ou moins nombreuse, organiser des réceptions raffinées dans le but de favoriser la carrière professionnelle ou politique de son époux, élever des enfants et se conformer à son rang social, tout cela Jeanne y est préparée.

      Les nombreuses réceptions et bals de printemps ayant favorisé les rencontres entre jeunes gens, Jeanne est fiancée à un jeune officier cantonné à Belfort.

       Et bien qu'une vieille tante soit toujours présente pour les chaperonner, ils multiplient les tête à tête amoureux.

    En cette fin d'année 1909, ses pensées sont occupées à de nombreuses choses frivoles, car elle doit composer son trousseau.

    Négligeant un peu le linge de maison brodé aux initiales des deux familles, elle préfère rêver à la somptueuse robe qu'elle portera le grand jour.

    Jupes et jupons, corsets et chemises,chapeaux et bottines, sacs et ombrelles, mantelets et manchons de soie ou de fourrure, sont commandés chez la couturière de sa mère, ou déjà achetés AU BON MARCHE, lors d'un récent voyage à Paris.

    Jeanne est coquette sans être aguicheuse,ni extravagante ( le comble de la vulgarité en province). Ses toilettes comme son maintien affirment le "bon goût" décrit dans Le Petit Echo de la Mode ou Le Miroir de la Mode, revues abondamment illustrées qui permettent aux élégantes provinciales d'être informées des dernières créations parisiennes.

     Mais aucunes de ces demoiselles n'oseraient se vêtir de ces drôles de jupes-culottes ou pantalons bouffants dessinés par Monsieur  Paul POIRET qui rappellent l'atmosphère des harems.

Il est vrai qu'il a fallu attendre 1909 pour que le port du pantalon par une femme ne soit plus considéré comme un délit. Et à condition de tenir les rênes  d'un cheval ou le guidon d'un bicyclette.

      Et, bien que la pratique du vélocipède se répande de plus en plus parmi la gent féminine, Jeanne n'est pas très sportive. Elle associe plutôt Monsieur POIRET à sa future belle-mère, et à la robe de mariée que celle-ci a décidé de lui offrir. Car pour cette fidèle cliente du grand couturier, la merveille de tulle et de satin ne peut être signée que de ce grand artiste.

      La jeune fille a une nette préférence pour WORTH dont les robes aériennes la font rêver, mais elle n'a pas eu le loisir de défendre son point de vue.

         Jeanne voue une véritable passion aux fourrures. Très frileuse, elle en possède des dizaines, mais rien d'aussi chic que les toilettes de sa future belle-mère, qui se vante d'être une vraie parisienne : "il ne suffit pas de résider à Paris pour être une véritable parisienne, et lorsqu'après votre mariage, vous emménagerez dans notre hôtel particulier, mon fils devra être fier de votre élégance..." .

              Après un mois de novembre glacial, où vestes de renard et manchons fourrés ont été les bienvenus, en cette veille de Noël, les ombrelles pourraient presque ressortir des armoires, car il paraît qu'on a relevé une température de 16° à Paris.

             Malgré cela, à l'occasion  de la messe de minuit, il est certain que toutes les épouses de notables arboreront fièrement les nouveautés du seul fourreur de Belfort qui vaille d'être  fréquenté.

               La cousine Léonie a reçu ses étrennes un peu à l'avance, et ne manquera pas de montrer sa nouvelle jaquette en agneau doré, cadeau de son père.

                 Jeanne, quant à elle, portera sa houppelande en genette doublée de petit-gris assortie d'un mignon manchon en herminette, si doux et si chaud, qu'elle ne le quittera pas, même pour ouvrir son missel.

              Cette année, la petite Emeline, fille d'une autre cousine sera sous sa responsabilité tout le temps de la messe, car la maman grippée ne pourra pas y assister. Par jeu, Jeanne l'a habillée exactement comme elle-même, et la petite en riant, dit qu'elles se ressemblent comme des jumelles.

               A suivre....

 

 


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